Pavement, interview

Article publié dans Brazil,Brazil en décembre 2001

De passage à Bordeaux pour la tournée qui accompagnait la sortie de « Brigten the corner », les membres de PAVEMENT ont accordés un long moments aux représentant des fanzines locaux. Brazil Brazil était évidement présent. Avec un humour parfois déconcertant, mais sans se prendre trop au sérieux, Malkmus, et sa bande ont répondu à nos questions avant d’aller reprendre leur partie de foot si bêtement interrompue.

Vous vivez dans différentes villes des USA, comment vous êtes vous organisé pour réaliser cet album ?

Stephen Malkmus distribue les Dictaphones presents sur la table et chacun commence a donner sa version. Après quelque instants, Spiral Stairs clarifie la situation :

:Ce n’est pas si compliqué, on s’est simplement retrouvés ici et là pour enregistrer et faire des concerts. Ca s’est toujours passé ainsi et ça n’a jamais été un problème.

Est-ce que les gens laissent des chansons sur votre répondeur ?

M : Comme le faisait Silver Jews chez Sonic Youth ? Non, pas sur le mien, mon numéro n’est pas …

W : Son répondeur marche mal.

M : Mon numéro n’est pas très connu. Il est secret.

Pouvez-vous expliquer la complémentarité entre les pochettes et la musique ?

M : En fait, on essaye de faire des choses qui nous plaisent et qui nous attirent. J’ai fait moi-même des pochettes pour Pavement . A un moment donné, on est obligé de s’asseoir et de le faire, il y a une date limite, et on est obligé de s’y mettre. Mais ça ne m’amuse pas vraiment.

W : C’ est extrêmement important, car c’est partie intégrante du disque, c’ est quelque chose que tu regardes en écoutant la musique et en te demandant ce qu’ils ont voulu te dire. C’est un indice pour percer le mystère…

M : Comme chez Écho And The Bunnymen…

W : Ouais C’est un tout.

S : Créer les pochettes nous même, ça nous parait tout aussi important. On ne veut pas que ce soit quelqu’un de la maison de disque qui les conçoive pour nous.

W : Beaucoup de gens le font, ça n’a aucun sens, c’est le cas de 4AD

Certains membres de Sonic Youth avouent des vices cachés, comme Thurston Moore qui est fan de Kiss. Certains d’entre vous ont-ils ce genre de déviance ?

(Rire collectif)

M : J’écoute Queen sous ma douche, et je chantonne seul

S : Japan, c’est ça mon vice.

M : et The Smiths

Sur le dernier album, il semble que les chorus soient assez libres. Y-a-t-il une part d’improvisation ?

M : Oui, surtout sur le chant. Je n’ai pas de ligne de chant spécifique à chaque titre , jusqu’à ce qu’on les enregistre. Avant d’arriver au studio, j’ai quelques idées de textes et de chant, mais tu ne peut pas vraiment savoir ce que cela va donner avant de l’avoir joué en studio. En concert de toute façon on joue plus vite qu’en studio, et les lignes changent encore, ça reste très libre..

Il y a quelques années vous apparaissiez sur une vidéo d’un petit label Australien « Munch ». Avez vous à l’heure actuelle l’ envie ou le temps de participer à des projets indépendants ? Avez vous envie de monter votre propre label ?

M : j’aimerais bien faire ça. Steve West a son propre groupe Marble Valley et s’y implique. Il sortira bientôt un disque sur un nouveau label. Personnellement, je suis bien trop occupé avec Pavement. Écrire des chansons, faire des tournées ne me laisse pas le temps de penser à autre chose que la musique qui me plaît. Je veux faire autre chose de mon temps libre à coté de la musique.

A part la musique, avez vous d’autres vices artistiques ?

M : Nous aimons tous aller voir des films, même si nous ne sommes pas des cinéphiles. On ne connaît pas tous les films de la nouvelle vague française par exemple, mais j’aimerai bien aller voir des trucs comme Star Wars.

Steve, lui, est très habile de ses mains, il bricole beaucoup dans sa maison. Spiral est un golfeur acharné, il passe tout son temps libre à essayer de réaliser le swing parfait.

Lequel de ces trois objets emporteriez-vous sur une île déserte ? : Un disque et lequel, sachant que vous n’avez rien pour l’écouter? Une télé, sachant que vous ne pouvez regarder qu’un seul programme? Un frigo plein, mais plein de quoi ?

Tous en choeur : Le frigo ! ! ! !

M : Avec un lecteur de disque, et un tas de disque à l’intérieur ! ! ! et un générateur ! ! !

S : et une femme !

W : Oui surtout ne pas oublier la femme ! ! !dans le frigo ! ! !

Avez-vous des tics de langage ?

M : Ah oui, des trucs comme…Et en guise de réponse, ils commencent à mimer les différentes blagues et sévices qui leurs permettent de passer le temps dans le bus durant la tournée, le tout accompagné d’onomatopées incompréhensibles: »pim, aie!… prend ça!… eeuuuhhh!!!.. ».etc

Pensez- vous que c’est important pour Pavement d’être sur Internet ?

M :C’est intéressant car si on a un ordinateur, on peu avoir tout un tas d’informations, spécialement si on habite à la campagne. Dans ces conditions, c’est peut-être bien de « lire « internet. Moi, je ne le « lis » pas beaucoup, mais ça devient vraiment utile quand on s’intéresse a des sujets un peu marginaux. Mais il y a aussi beaucoup de pub et c’est assez ennuyant. De toute façon j’ai un petit ordinateur, alors…

S : Il existe maintenant un site Pavement qu’un ami a créé, mais vous n’y verrez pas grand chose, c’est mieux de lire des fanzines. Je préfère les choses concrètes comme les bouquins.

W : D’ailleurs, [ à cause de l’ordinateur] la musique perd beaucoup de son charme, car tous le monde y décrit chaque concert, chaque geste. Si tu a joué une note différemment la veille au soir, tous le monde est au courant. J’aime pas trop cet aspect là, par contre c’est une source d’information, pour contacter des groupes. Par exemple quand Thurston More cite un groupe dans une interview, on peut facilement trouver des infos sur ce groupe.

Si je vous dit le mot « Slaker » à quoi pensez vous ?

M :Je sais pas , cela me fait penser à des gamins avec un bouc, de grosses lunettes de soleil, et un petit snowboard aux pieds. Il pousse un « Yeeeaaahhrrr », imitant Beavis & Butthead.

Vous préférez les C.D. ou les vinyles ?

M : Moi, les vinyles.

S : Vinyles

M :J’ai des C.D., et je m’y suis habitué, parce que on ne peut pas toujours tout trouver en vinyle.

Pourquoi préférer les vinyles?

M& S : Ca sonne mieux, c’est plus joli. C’est agréable d’écouter une face après l’autre, c’est comme un petit retour en arrière, dans les 70’s, quand les temps étaient meilleurs. On se sent détachés du monde moderne. En plus, c’est plus agréable un vinyle sur une île déserte, la pochette est plus grande…

M : ouais mais le vinyle au soleil ça gondole, alors il faut de l’ombre sur ton île déserte, OK ?

Accordez-vous autant d’importance à vos clips vidéo qu’à vos chansons?

M: Non j’ai même pas vu les trois derniers.

W : on essaie de faire de bonnes vidéos, mais ça ne sort pas comme on voudrait. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas.

Faire de la musique, c’est toujours un plaisir, ou c’est devenu un travail?

M : Répondre aux interview quand on est très fatigués, faire des photos, il y a parfois des trucs qu’on est oblige de faire, et là ça devient vraiment un travail. Mais je ne m’imagine pas ayant un autre métier que musicien dans un groupe, alors il faut bien le faire. Et il y a surtout le bon coté comme faire un album, des concerts, et rencontrer les gens qui aiment vraiment le groupe, qu’ ils soient heureux d’entendre les disques.

Vous avez définitivement abandonné l’architecture?

S : « I’ll be Back ! ! ! »

M : comme architecte de golf peut être…

S : faire du design , architecture urbaine…

Architecte de golf, c’est un métier qui rapporte…

S : De toute façon pour être architecte aux USA il faut attendre 10 ans, et ne se consacrer qu’à ça. On se sent plus destiné à la musique.

Avez vous encore quelque chose à dire dans vos disques?

M : J’ai pas vraiment envie d’écrire des textes qui soient tristes, intelligents, ou même drôles. Du moment que ça sonne bien ça me suffit.

W : on est pas des précheurs ou des politiciens, on est pas là pour sauver votre âme.

Vous avez une rancoeur particulière envers les politiciens?

W : les politiciens sont juste là pour avoir votre voix. mais je vote quand même, c’est important.

Travaillez- vous régulièrement la guitare?

M : Je doit fumer pas mal d’herbe pour ne pas trouver ça ennuyeux

Malkmus mime un accord de guitare faux et dit : tient, c’est intéressant ! ! !

J’aime jouer de la guitare. J’en ai toujours joué, et être au courant de ce qui se fait ou ne se fait pas peut-être utile.

Dans « les Inrockuptibles », vous vous disiez capable de faire des barrés avec la bite…

M : j’ai du dire ça à propos des mecs qui font des concours de technique. C’est de la masturbation..

W : Mimant le hardos de base…Eheh regardez- moi, je suis trop fort ! !

M : la traduction devait être fausse, c’est amusant.

W : il peut vraiment jouer de la guitare comme ça ! !

Que pensez vous des groupes qui utilisent les nouvelles technologies comme les sampleurs ou les séquenceurs?

M : c’est bien mais peu de personnes arrivent à faire des bonnes choses avec. Ce n’est pas le cas de Tricky

S : il y des gars assez cool comme kraftwerk, ou Can. Quelqu’un comme tricky a vraiment réalisé des albums excellents.

Pensez-vous le faire vous aussi?

M : on pourrait, on a pas peur des nouveaux instruments comme les séquenceurs. On utilise déjà des synthés, mais ce n’est pas la voie qui nous intéresse. On essaie de jouer de manière plus libre.

Êtes-vous influencés par les nouvelles modes comme la techno ?

M : non, pas sur le dernier album ; là où on a enregistré, en Caroline du nord, on était très loin de tous ces nouveaux mouvements. c’était plus dans un esprit, « voilà ce qu’on avait envie de jouer », plutôt que être au top de la mode. Et quand tu rentres à New York tu te rends compte que c’est vraiment pas la mode.

Avez-vous des nouvelles de Gary ?

W : On a fait un tour dans sa belle Subaru l’autre jour, avec lui et sa femme. Il va bien, il prépare un nouveau disque avec son groupe, et il fabrique des niches. On le voit à nos concerts en Californie, et parfois on joue même avec son groupe.

Êtes-vous influencés par d’autres musiques, comme le Jazz?

M : ouais j’essaie d’écouter un peu de tout pour sortir des schémas classiques. Il y a par exemple ce beat Boom Boom , et si tu rentres dans le jeu, tu peux te perdre, et ça peut être agréable. Il y a un certain type d’émotion qui peut passer. J’essaie d’apprécier tous les types de musique.

Enregistrez vous toujours de façon spontanée, comme un jazz-band?

On est avant tout un groupe pop, et on est obligé de garder une forme avec couplet-refrain. Mais on prend une certaine liberté, car personne n’a entendu les morceaux avant qu’on ne les enregistre, en cela nous sommes différents des autres groupes.

Êtes-vous attaché à ce format couplet-refrain?

M : Parfois c’est bon de se donner quelques limites, de repérer quels sont les plans qui vont ou pas, et puis après on change quelque trucs. on aboutit souvent à un résultat différent de l’idée de départ. C’est un défi de faire quelque chose de bizarre, mais que les gens puissent comprendre.

M :Oui, toujours, même si on doit se fixer des limites. On essaie avant tout de faire des morceaux L’objectif n’est pas d’ être inaudible, c’est plutôt pour des gens qui n’écoutent pas autant de musique que nous. C’est pas pour un mec qui se fait plaisir avec ses 3 copains.

Vous écoutez de la musique tous les jours?

M : on essaie, mais pas tous les jours …

W : Jamais le dimanche…

Que pensez- vous de gens comme Sonic Youth et Guided by voices?

M : Sonic Youth est un groupe incroyable sur scène, le plus aventureux. C’est une grande influence pour tout un tas de jeunes groupes, et une chose respectable. Robert Pollard (Guided by Voices) est un vrai génie pour ses textes. Mais il y a aussi Palace : j’aime beaucoup ses textes , ils sont effrayants. « Viva last Blues » est mon album préféré. il chantonne I am a cinematographer

Avez- vous des nouvelles de Berman ?

M : il vit tranquille à la campagne , prés d’un endroit qui ressemble à la pochette de Starlite Walker, c’est très relax , c’est la bonne vie.

Mais personnellement, vous préférez la vie à la ville ou à la campagne ?

M : Je préférerais un jour de chaque.. La campagne c’est plutôt quand tu es marié, que tu veux vivre tranquille avec ta femme. La ville c’est bien quand tu es jeune, ça t’inspire plus que la campagne, pour créer.

Quel regard portez-vous sur vos anciens albums?

: Ils ont tous leurs bon et leur mauvais cotés. Mais je les aime bien. Slanted avait un son plutôt étrange. Ils sont tous bon et mauvais à leur manière.

Spiral et West qui n’avaient rien ecouté, preferant discuter entre eux, s’immiscent soudain dans la conversation.

: il a une réponse à ça…désignant West

W : ABBA…

M : vous aimez ABBA, vous aimez la pop suédoise en France ?.. Cardigans..il chante love me love me…

Avez-vous déjà mangé de la viande de requin ?

M : oui c’est pas mal… c’est comme un steak..

W : nous somme un groupe de requin.. J’avais posé cette question a Déborah de Butter glory et elle etait trés choqué : « oh non je suis végétarienne.. »

M : non, moi j’aime bien la viande de requin.

W à S : as tu déjà mangé du chien?…

Spiral Stairs, quel est votre chanson préférée de Pavement ?

S : ……. »Price Yeah », extrait de Westing, sur le premier single. il chante… une des chansons les plus excitantes pour moi…

Qu’est-ce qui rend une chanson excitante ?

S : Ca vient de l’histoire qu’il y a derrière, de la façon dont elle sonne. Toutes nos chansons sont excitantes pour moi, car on met tellement de sois même dans chaque chanson qu’on ne veut en jeter aucune.