Stéphanie Cabdevila rencontre avec un super héro modeste

 

De la réalisation de clip à la chanson en passant par le court-métrage, Stephanie Cabdevila a développé un univers étrange et poétique. Rencontre avec une artiste modeste.
 
"J'aime bien le coté lo-fi, un peu bricolé. C'est sans doute une façon de me cacher". Et de prime abord, on a bien un peu l'impression que Stéphanie Cabdevila se cache. Derrière sa frange et ses longs cheveux noirs, derrière des compétences techniques qu'elle dénigre, affirmant les avoir "en partie acquise sur le tas". Derrière une modestie qui semble être sa marque.
 
Originaire de Poitou-Charentes, sa modestie s'exprime à sa façon de presque s'excuser de n'avoir pas parcouru le monde entier avant de monter à Paris. Avant son arrivée dans la capitale, elle décroche une place à l'EMCA, l'Ecole des métiers du cinéma d’animation d'Angoulême, un établissement réputé pour sa sélection très exigeante. Son univers créatif se met alors en place, avec un appétit tous azimuts. Du visuel, avec le dessin et l'animation, mais aussi de la musique. Stéphanie touche à tout et ces différents médiums se nourrissent les uns les autres.
 
C'est d'ailleurs à la croisée de ces deux mondes, de l'image et de la musique, qu'elle va faire ses armes. Un peu au culot, elle contacte l'agence Metronomic, "parce qu'ils avaient réalisé des clips pour The Notwist, un groupe que j'adore". Elle est retenue. La voilà stagiaire pour quelques mois avec entre les mains le compositing d'un dessin animé. Et lorsque l'agence décroche la production du clip de "La vielle chanteuse" de Claire Diterzi, Stéphanie se retrouve embarquée pour de bon. La qualité de son travail et la coloration particulière de ses créations collent parfaitement à ce clip, qui marque le début de sa collaboration avec l'agence.
 
Au delà du travail de commande, Stéphanie entretien aussi son apétit créatif. Avec de la musique d'abord. Qu'elle pratique en autodidacte depuis longtemps, cultivant un style un peu lo-fi, "parce que mes failles et mes maladresses font partie de ce que je suis".
 
Voyage immobile
 
Jouant de tous les instruments en autodidacte, elle mixe et remixe à l'infini, ajoutant des notes et des couches successives de voix pour donner vie à ses créations. Cet esprit bricolé et un peu bancal a séduit Lionel Fahy, ancien chanteur de Portobello Bones. C'est de leur rencontre qu'est né le groupe Copenhagen, une collaboration à distance entre un Lionel composant des mélodies durant ses nombreux voyages, et une Stéphanie écrivant des paroles dans son petit appartement montmartrois. Les six titres qui en résultent sont autant de voyages immobiles, des paysages mystiques hantés par des esprits millénaires.
 
Mais si l'univers créatif de Stéphanie est si riche, c'est aussi qu'elle cache une double vie. Selon certaines rumeurs, elle serait une super-héroïne. "La Femme bionique, c'est en fait le prochain projet que je voudrais mener à bien. Il s'agit d'un court-métrage, un peu autobiographique". Nous y voilà, elle va enfin nous révéler ses super-pouvoirs ! "En fait comme le personnage est une sorte de cyborg, elle a la capacité de communiquer avec l'électro-ménager". Silence dans l’assistance. Pas exactement ce qu'on attendait d'un super-héros. Et l'on en saura pas beaucoup plus, pour ne pas ruiner le suspens.
 
Mais malgré tout, Stéphanie nous assure “qu’à la fin le personnage sauvera le monde. Mais personne ne s'en rendra compte". Ce qui est bien la marque de tous les vrais héros : ils savent rester modeste.
 
Mathieu Puyau